Docteur, pourquoi ai-je une fissure anale?

Cette question revient souvent et bien que la science n’ait pas de réponse certaine à cette question, l’évidence clinique basée sur l’historique des patient(e)s et nos connaissances sur la physiologie du sphincter anal permettent d’avancer une hypothèse plausible.

L’historique

Une majorité des personnes souffrant de fissure anale font remonter leurs problèmes à l’adolescence et même à la petite enfance, dans certains cas.

La physiologie

Il y a deux sphincters anaux, comme deux beignes placés un dans l’autre. Le sphincter interne est un muscle involontaire (donc automatique). Il est responsable du tonus de base, même durant notre sommeil.

Autour de lui, le sphincter externe est plus volumineux. Il a aussi un tonus de base, mais comme il s’agit d’un muscle « volontaire », on peut le contrôler et donc le contracter pour éviter d’échapper un gaz ou une selle.

Les porteurs de fissure anale présentent une hypertonie du sphincter interne. Hypertonie? Cela veut dire que la pression générée par le muscle est excessive. C’est analogue à un spasme, à une crampe. On grade l’hypertonie de « 1 » à « 4 » (zéro étant la normale).

Plus le chiffre est élevé, plus l’examen est douloureux.  À un niveau de « 4 » la douleur est intense, presque insupportable.

La petite enfance

À deux ans, on sait que les jeunes enfants font des selles volumineuses. Les histoires de toilettes bouchées à cet âge rappellent des souvenirs. Pourquoi? Parce que le rectum de l’enfant est beaucoup plus distensible, permettant une accumulation du bolus fécal.

On dit que le rectum a une plus grande capacitance.

Si l’expulsion du bolus fécal amène une déchirure de la muqueuse anale, le sphincter interne réagit en se contractant de façon soutenue. Cela provoque une douleur et peut conduire l’enfant à se retenir pour ne pas avoir mal.

On assiste donc à une nouvelle accumulation du bolus fécal et le mécanisme déchirure – contraction se répète. Cela conduit à « éduquer » le sphincter interne à développer une hypertonie.

À cet âge, l’utilisation de vaseline dans le canal anal ou de suppositoires de glycérine permet d’enrayer le mécanisme et de soulager l’enfant.

L’adolescence

L’apparition des fissures anales se répète à l’adolescence. Il est probable qu’il s’agit de jeunes qui ont eu un problème de fissure à la petite enfance. Les mauvaises habitudes alimentaires ou de défécation peuvent alors réactiver la fissure anale, généralement par deux voies : soit la constipation, soit les diarrhées fréquentes.

Par contre, les épisodes de fissure à l’adolescence sont généralement espacés et plus ou moins symptomatiques : un peu de douleur, un peu de sang puis tout rentre dans l’ordre. Cela n’attire donc pas l’attention.

L’âge adulte

Chez le jeune adulte, ou même plus tard après la quarantaine, le retour des fissures anales est souvent plus symptomatique : douleur intense, saignement sur le papier ou même dans l’eau, sensation de brulure. La douleur peut durer de quelques minutes à quelques heures après la défécation.

Ici encore, la constipation (présence de selles dures ou volumineuses) ou un épisode de diarrhées répétées (comme une « tourista ») vont déclencher la crise.

Selon l’intensité de l’hypertonie, la qualité du traitement, la chronicité du problème et la résolution des facteurs associés, la durée du traitement peut varier de quelques jours à quelques mois.

La récidive

La récidive est fréquente dans la fissure anale. Il y aura plus de récidive si le traitement a été incomplet ou inadéquat. Par contre un traitement adéquat sera suivi de récidives moins intenses, plus espacées et surtout plus faciles à traiter.

Souvent une récidive après un bon traitement ne demandera que quelques jours d’application d’un traitement local.

La prévention de la récidive

Les porteurs de fissure anale reconnaissent souvent les signes avant-coureurs de la récidive. Ainsi une grosse selle suivie d’une douleur, d’une brulure ou d’un peu de sang servira de signal d’alarme.

La meilleure prévention consiste alors à lubrifier le canal anal soit avec un onguent, une pâte ou même de la vaseline.

La pâte d’Ihle (oxyde de zinc à 25% en forme de pâte) appliquée dans le canal anal constitue un très bon choix en termes de prévention.


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